logo Vacants, c'est le temps vacant, on l'a inventé comme écho à une oisiveté oubliée au profit d'un construire flou mais mandatoire.

J'ai habité la durée vacante aujourd'hui. Tu vois ? Cet espace temporel vacant qu'est devenu le voyage. Un truc que j'ai pas vécu. Un truc qu'on hisse au rang d'idéal absolu, tu sais.

Le voyage pas l'arrivée, tu sais.

Mais maintenant le voyage c'est la durée vacante. Le non-temps. Le non-temps rempli de la minute suivante, de rien, de « passe le temps, passe ».

J'ai habité la durée vacante là. Vas-y fais passer. Hier, j'étais sur le seuil, l'espace liminal, aujourd'hui dans la durée vide, passée, pas prise.

Je me suis forcée à dormir parce que l'espace de la durée vacante dépasse 1000 bornes. Elle dépasse les bornes.

Au-dessus de la gare Montparnasse, il y a un parc. C'est joli, c'est vacant et plein des voix qui annoncent des nouveaux trajets de temps vide.

C'était Hall 2. À 17 heures c'était vide. À 18 heures c'était vide. À 19 heures, des centaines de personnes, entassées, qui n'ont pas le temps d'attendre leur tour pénétrent ce nouveau lieu de la durée nulle. Les rails. Toujours sur la ligne.

Cette fois, on parle de vacances parce qu'on comprend encore pas très bien la façon dont les derniers mois ont dilaté la durée du temps. On comprend pas très bien ce que veulent dire les vacances après deux mois de rien, vide, plein. Béance dilatée aux extrêmes d’intervalles entre deux choses, deux autres choses, deux autres présents solubles dans celui à venir.

Parce que vacances ça veut dire qu'il y a une scission quelque part, il y a une opposition entre un temps plein et un temps vacant. Pourtant il vaut mieux les remplir de nos jours, les vacances...

Alors on comprend bien que le temps soi-disant vide là, les vacances, il est plein, et le temps plein là, le reste de la vie, la vie qu'on appelle vraie, réelle, il est vide aussi, routine, construit, vide, vide de l'expérience de l'oisif, du libre. Mandatoire.

I would prefer not to.

Travail, hiérarchie, la vraie contrainte, le pénible, L’imaginaire comme décoration de prison. L’échappée belle, ce genre de trucs. De peu de chose, quelque chose de brillant et de sale. Des déguisements outranciers, des imitations, du sel, de la sueur, des langues bien pendues qui ne peuvent plus rentrer, les costumes couverts de transpiration. L’ennui et la fatigue, qui se mesurent et s’affrontent, au fond de la classe. L’humour, Dormir en tas, rire en bloc. Courir sur les tracteurs, porter des caisses, trier les graviers par ordre de couleur, savoir si les fruits sont durs juste en les regardant.

Je n’oublie pas les crampes, et il faut continuer de danser pour se faire croire qu’on est libre de gaspiller notre énergie, qu'elle est à nous, alors qu’on a déjà tout vendu.

Faire un concours de public, s’organiser pour ensemble être le meilleur public ; de stade, d’opéra, de show télé, le tout devant un jury, qui lui aussi est un public, il sera donc jugé aussi. Après tout, on se regarde, autant voir.

Jouer toujours, jouer, jouer et se faire peur. Rien n’est vraiment grave, mais il faut se faire mal pour vérifier si on est autant vivant qu’hier.

Attendre les pompiers, et ĂŞtre raide. VĂ©rifier que tout marche encore dans tout les sens.

Souriants et saouls, vendre du rêve au patronat, nous sommes les drôles la mélancolie sous les jupes et des colliers de boite de thon, de l’huile qui ruisselle. Oui oui demain 5h55 au champ Rostaing. Oui, oui on s’est lavé les mains et on a pas mal au dos. Non, biensûr on n’a rien pris avant de conduire de tracteur, a tout à l’heure au hangar.

La réapparition d’un ver luisant, au bord du Céou au milieu des Causses agit comme un rappel, une annonce, une fulgurante, un retour temporel, un bond de 20 ans. L’image vive de la main grosse de mon gros con de grand-père qui me montre les vers dans l’herbe sous le auvent. Le retour dans le bide de la main grosse de ma grand-mère sur ma main petite. Une image vieille, la plus forte de ma mémoire peut-être, celle qui revient le plus souvent. Reconstruite par la superposition de rappels récurrents …à cause de la pollution atmosphérique et, surtout, à la campagne, à cause de la pollution des eaux (fleuves d’azur et canaux transparents), les lucioles ont commencé à disparaître. Le phénomène a été fulminant, foudroyant. Au bout de quelques années, c'en était fini des lucioles. Elles sont aujourd'hui un souvenir quelque peu poignant du passé () Le vernis change de couleur, sur ses ongles griffes rose, rouge, fuchsia, affreux, couleurs toujours troubles et souvenirs vulgaires dont l’érosion caille le détail en pelures. Mamie devant la corde à linge, je ne t’aime pas je t’adore. Mamie endormie devant les feux de l’amour, on sortira après mon feuilleton. L’odeur du fromage, du vin rouge et du jambon. Et les vers luisants, dans la grosse main de papy. L’odeur des histoires. Mamie qui cuit dans la piscine gonflable, l’odeur du monoï et au bord du Céou, la nuit, les grillons et le ver luisant et les étoiles qui crépitent en myriades de lumières jaunes et vertes et le ver, seul, libéré. En train de palpiter du cul, appel, appel, appel. Devant l’écurie perdue dans la pampa, au son des feux d’artifices qui font se délier en tourbillons les piafs et les chauves-souris. Palpite en lueurs, hystérie et retour de l’enfance. Tout cela semble clair et sans équivoque aujourd'hui, alors qu'à l'époque, on nourrissait, du côté des intellectuels et des opposants des espérances insensées. On espérait que tout cela ne fût pas complètement vrai (…) En effet, aussi bien ce grand pays qui était en train de se former à l'intérieur du pays (…), aussi bien les intellectuels, même les plus avancés et les plus critiques, ne s'étaient aperçus que « les lucioles étaient en train de disparaître ». ()

Et si, si on faisait semblant que peut être le retour des lucioles pouvait être aussi important que la disparition des lucioles. Si on essayait de croire encore un petit peu au retour en arrière en avant. Incroyable regardez ces images d’un ver luisant qui revient à la vie. Ou pas. Et si vous ratifiez je me le met sous le coude. Boum.

: Pier Paolo Pasolini « Il vuoto del potere in Italia » in Corriere della sera, 1er février 1975, p. 1 et 2. Publié dans Scritti corsari, sous le titre : « L'articolo delle lucciole » . Traduit par Annick Bouleau à partir du Corriere della sera 28 février 2012.

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Cette newsletter est dédiée à la mémoire de Caroline Mouton